Rachel Labastie est né en 1978 à Bayonne, vit et travaille en France
Mon travail explore les profondeurs de l'âme occidentale avec ses fantasmes et ses angoisses à travers ces objets de fascination et ces placebos qui fondent un individu et constituent l'inconscient de notre époque. En utilisant aquarelle, volume, installation, vidéo, dessin et son, je m'approprie et détourne codes culturels, images, matières, phénomènes et sensations. Certitudes, croyances et matières sont ainsi prises en otage pour être fragilisées. Cette altération de la forme produit un glissement symbolique mettant à nu les mécanismes de croyance qui sous-tendent notre rapport au monde et aux images.
L’orientation de mon travail sur la société de consommation, sur les formes contemporaines d'aliénation et leurs stratégies de fuite du réel (Mode de développement personnel, culture New Age, idéologies communautaires, ésotérismes et mysticisme, prozac, ecstasy et autres substances de paradis artificiels). Ces tentatives inventées afin de surmonter le désenchantement du monde, ces promesses de dépassement et de libération que promettent ces croyances, ces techniques, ces produits, sont en définitive une forme impeccable de conditionnement. C’est autour de cela que s’articule mon propos.
Comment se projette t’on et se noie t-on dans les objets et autres représentations ?
Dans ma récente série « Entraves », je répertorie les instruments de la contrainte, reproduisant en fine porcelaine blanche les fers des esclaves, transformés en singuliers trophées d’un passé colonial où coexistaient les hommes libres et ceux privés de droits. Par sa réactualisation, sous une forme à la fois séduisante et néanmoins bien fragile, je rappelle la permanence d’un esclavage dit « moderne », produit d’une société normalisante. En croisant les fers avec la porcelaine, les objets de supplices paraissent alors d’une extrême fragilité et peu s’en faudrait finalement pour pouvoir s’en affranchir. Je suggère ainsi une forme consentie de soumission à l’ordre établi.